Les voiles peintes

 
Joies d'hiver !
 

Joies d'hiver !

 
Hauteur: 31 ft (9,5 m)
Largeur: 11 ft (3,4 m)
Surface: 170,5 sqft (16,2 m²)
Type de voile: Genois
 


Un filet de fumée pris dans les flocons - Voile Joies d'hiver.

Le voilier reposait sur des étriers. C'était l'hiver et la neige s'était emparée de l'emplacement où il se tenait. Et il neigeait encore en cette journée radieuse alors qu'un faible filet de fumée s'envolait étrangement d'une cheminée placée au-dessus de la cabine.

Ce filet s'était fait péniblement une place à travers les flocons de neige qui tombaient serrer les uns contre les autres.  Le voilier semblait flotter  sur la neige. Une échelle grimpait sur un de ses flans, du côté tribord et une faible lumière traversait les hublots enneigés.  La petite porte menant à la cabine avait été été calfeutrée de l'extérieur, une sorte de coussin isolant lui  avait été placé habilement. Au-delà, tout paraissait normal. Comme si un voyage outremer était en train de se réaliser.

Deux personnages  se tenaient au coude à coude assis à une petite table. Ils étaient tous les deux vêtus de lainage.  Chacun tenait  en main un livre qu'ils consultaient lentement en échangeant occasionnellement des idées sur leur contenu.  Une petite fournaise avait été implantée  à leur gauche, elle était nourrie au gaz. Elle était petite mais efficace réchauffant la cabine suffisamment pour que ce soit minimalement confortable. Le tuyau servant de cheminée s'échappait par un des hublots. Il était enrobé d'un isolant contre le feu.  Une chambrette se trouvait  à une extrémité de la coque près de laquelle  une douche, un évier, un poêle et une petite glacière étaient aménagés. La deuxième chambrette, placée vers l'arrière,  servait de pièce de stockage. Parfois, le bruit d'une génératrice se faisait entendre.
Les deux personnages lisaient silencieusement. L'un tenait un roman et l'autre un atlas. Nous étions en mars et ils se préparaient depuis quelques mois un itinéraire pour leur futur départ. Celui-ci se ferait dès que la chaleur le permettrait, en mai peut-être ou, plus surement, au début juin. Depuis qu'ils s'étaient juré fidélité, ils s'étaient aussi faits la promesse de sans cesse naviguer.  

Mais, revenus dans le pays natal de l'homme, s'étant laissés emporter par les beautés terrestres, ils avaient du se rendre compte qu'il serait préférable pour eux d'hiverner là jusqu'au printemps.  Normalement, ils navigueraient sur leur petit voilier en plein océan. Toutefois, cette halte leur permettait de voir que cette vocation de navigateur était le choix le plus judicieux de leur vie. C'était celui qui les avait réunis pour la vie.

Ils s'étaient connus sur un quai en Haïti. Il était arrivé là avec son premier voilier, minuscule.  Elle se tenait toujours sur ce quai car elle aimait les navires et elle rêvait depuis toujours de quitter son île.  Elle l'avait remarqué près de son voilier, elle s'en était approchée et les échanges qui suivirent  les avaient liés pour la vie. Ils formaient un tout la mer et eux. Ils s'étaient gagnés l'un et l'autre à la loterie de la vie. Leur résidence principale avait été et resterait dès lors leur bateau. Peut importe ce qu'il adviendrait.

Depuis, ils avaient voyagé à travers le monde. Ils vivaient de contrats d'écriture qui parlait surtout de leurs voyages et des trucs pour éviter le pire. Car, durant toutes ces années, ils avaient tout connu : des mers si furieuses qu'ils avaient crains pour leur vie,  des vents absents, des accidents avec de plus gros navires, des aventures de prises d'otages par des pirates, des démâtages,  des pertes d'orientation. Tout. Rien n'était à leur épreuve, pas même le froid. Jamais, ils n'avaient perdu confiance ni en eux, ni en leurs rêves de voyage.

Ils étaient heureux et le filet de fumée qui s'échappait du voilier naviguant dans l'hiver témoignait de leur espoir et de leur volonté. À chaque fois, qu'ils se trouvaient devant de nouveaux défis, comme maintenant, ils se regardaient instinctivement avant de s'embrasser tendrement. Ils savaient alors que les temps durs achevaient et qu'ils pourraient bientôt être libérés de toutes contraintes les empêchant de prendre le large et d'être libres.

Marc-André Lévesque
Avril 2013
Voile peinte intitulée Joies d'hiver!
 
 


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