Les voiles peintes

 
Planches en folie !
 

Planches en folie !

 
Hauteur: 33 ft (10 m)
Largeur: 18 ft (5,5 m)
Surface: 297 sqft (27,5 m²)
Type de voile: Genois
 


Planche en folie

Une petite planche à roulette était étalée à la vue de tous les clients d'une boutique de jouets pour enfants. Une planche pour enfant colorée de rose, de rouge aussi. Une planche pour fille avec des poignées pour mieux se tenir dessus.

Bon, je l'avoue, cette planche s'est adressée plus à moi qu'à ma fille : « Je le sais que tu as déjà tenté de monter sur une planche à roulette. Je sais aussi que tu as raté ton expérience et que tu n'as jamais oublié ce qui pour toi a été un échec», avait-elle mentionné.  Bien entendu, je m'en suis souvenu et même qu'en me souvenant j'ai éprouvé les mêmes maux que lors de l'accident. Surtout ce coup vif à mon amour propre.

Par réflexe, j'ai demandé à ma fille si elle aimerait avoir cette planche colorée avec des poignées pour se tenir dessus, elle regardait ailleurs  et je ne sais pas trop où. Disons ailleurs et cet ailleurs semblant lui plaire beaucoup, elle a répondu par automatisme «Oui», un oui franc et sincère que j'ai identifié à la planche.

Nous l'avons ramené à la maison. Moi j'avais en tête ce malheureux accident que j'avais vécu mais je me disais qu'avec le talent que ma fille avait, elle réussirait facilement l'exercice, que peut-être aussi elle réussirait pour me venger. Ma fille avait l'air cependant de se demander pourquoi j'avais acheté ce machin-là alors que moi je voulais un jeu de société.

Mais bon, ma fille m'aime et elle a voulu me faire plaisir.

Et nous sommes partis. Je lui ai mis son casque pour le vélo. Nous avons marché un certain temps afin d'éviter le regard trop connu des voisins les plus proches. Puis : « Courage Magali, il faut essayer», avais-je crié.  Ma fille m'a alors regardé avec ce regard de ne pas me comprendre, mais elle m'aime et elle a tenté le coup.

Moi je la regardais mais je ne voyais que les images de ma démarque ancienne, je ne pouvais donc pas être d'un grand secours. Il fallait que l'essai se fasse, me disais-je dans ma tête de père un peu tordu.

Elle a tenté le coup. Au début, ça allait plutôt bien. Mais, elle avait pris un peu de vitesse, trop à mon goût, j'ai paniqué et je lui ai démontré en criant très fort : «Magali! Non!».  Ce cri a transmis ma panique à ma fille qui n'a pas tardé à étaler son petit corps sur l'asphalte ensanglantée.

Elle ne me l'a pas pardonné pendant un certain temps qui m'a paru très long parce que je me sentais vraiment coupable, et je l'étais. Mais elle n'a pas su pourquoi parce qu'elle a refusé toute explication.  Nous sommes retournés ensemble à la boutique de jouets pour enfants.  Elle avait compris qu'il fallait toujours se diriger vers l'endroit où son regard l'invite et elle m'a entraîné vers ce jeu qu'elle m'a exigé sans vraiment me le dire. Nous l'avons payé et nous sommes repartis à la maison où elle a exigé sans me le dire de jouer avec elle.

Dès cet instant, elle n'a pas cessé de me battre à ce jeu et à ceux que nous avons acquis par la suite. Elle avait trouvé là sa façon de se venger de la culbute que je lui vais fait faire sur cette planche en folie qu'elle ne désirait même pas.

Marc-André Lévesque, juin 2013
Peinture sur voile Planche en folie
 
 


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